Mongolie – J9 – Route vers l’Arkhangaï

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« Un homme nait sous la yourte et meurt dans la steppe » Proverbe Mongol

Nous prenons pour la première fois depuis le début de notre voyage notre petit-déjeuner dehors.

Miga se met toujours en 4 pour nous faire des plats originaux et je dois avouer que nous ne risquons pas de mourir de faim avec lui : un toast/canapé avec un œuf au plat au milieu,  accompagné de café, thé, miel , confiture …  et le tout avec une musique de fond qui sort du van (radio-cassette s’il vous plaît !) : Cabrel, Piaf, Reggiani … C’est complètement loufoque dans ce coin perdu au milieu de nulle part mais c’est à cause de Jargal, notre guide, qui est une grande fan de la chanson française.

Petite marche de 4,5 km et la journée s’annonce déjà très (trop) chaude.

Nous reprenons ensuite la route déjà sous un soleil de plomb, il doit bien faire 35°c à l’ombre à 10h.  Au programme 180 km et 4h de trajet.

Arrêt à Mandal-Ovoo surtout pour un gros ravitaillement en eau. Nous avons la visite de petits enfants qui viennent nous vendre des produits artisanaux.

Le paysage est toujours aussi dantesque de par ses étendues, même mon grand angle 17-70 Sigma n’arrive pas à tout prendre !

Nous changons d’aïmag-province : nous quittons Omnögov’ aïmag pour un petit retour dans l’ouest du Dundgov’ aïmag.

Nous atteignons l’étape du jour à 13h45, non loin du monastère d’Ongii où une famille nomade nous accueille pour le dîner et une nuit.

Nous entrons dans la yourte (ou « ger » en mogol) familiale en prenant garde de ne pas trébucher. En effet, l’entrée comme la sortie de l’habitation sont très codifiées. Le seuil de la ger est une latte de bois permettant de surélever le battant de la porte. Il ne faut ni marcher dessus n’y s’y arrêter sinon cela revient à offenser l’esprit du seuil (symboliquement cela revient à piétiner la nuque du maître de maison). La porte est basse, cela vous oblige à vous incliner devant l’autel qui est placé en face de la porte d’entrée au fond. Si après avoir franchi le seuil, on s’est installé du côté droit, pour sortir,  on empruntera le même chemin conduisant à la porte.

Précisons que les Mongols s’orientent en regardant vers le sud, à l’inverse de la cartographie occidentale prenant pour référence le nord. Aussi la porte d’une yourte  sera toujours orientée vers le sud.

A l’intérieur, l’aménagement  s’organise autour du poêle, situé sous l’anneau de compression, permettant la sortie de la cheminée du poêle et l’évacuation de la cheminée. En principe les membres de la famille s’installent du côté gauche et les invités, du côté droit. Les personnes les plus âgées ou respectées s’installent dans le fond, le hoïmor, devant l’autel. Tout le mobilier est en bois peint de couleurs vives (orange le plus souvent car symbole animiste du soleil) et avec des ornements très travaillés.

La maîtresse de maison nous sert un thé salé, qui nous désaltère agréablement bien. Bien qu’il fasse 35°c dehors, le poêle fonctionne ! Une tête de mouton est en train de cuire … Le combustible utilisé : du carton et du crottin de chameau.  Chacun d’entre nous se présente et raconte ce qu’il fait dans la vie. Le père a 37 ans, la mère 36, la fillette 11 et le petit garçon 5 ans. La mère a été très surprise lorsqu’elle a entendu mon âge et elle me dit : « Nous avons le même âge mais tu parais beaucoup plus jeune que 36 ans ! ». On passe un moment très agréable avec eux. Cette famille est vraiment adorable, très attachante.

Trois yourtes annexes à la leur peuvent accueillir des touristes. Elles assurent un petit complément de revenus à cette famille qui a souffert du Zud ces dernières années. Le Zud, prononcer « Dzoud », désigne les catastrophes naturelles qui détruisent les pâturages et entraînent des pertes en bétail. Ces intempéries concernent aussi bien l’abondance que l’absence de pluie ou de neige. Un zud « blanc » désigne des neiges si importantes que le bétail n’accède plus aux pousses naissantes. En revanche, un zud «noir» en hiver désigne l’absence de neige et entraînant le gel des terres. En été, le zud noir désigne une sécheresse. D’où l’importance de la nomadisation des familles si elles ne veulent pas perdre de bétail.

L’après-midi, nous visitons le monastère d’Ongii qui se trouve à 10 minutes  de van du campement nomade.

Le monastère d’Ongii ; aussi appelé Shaazan Khot, « la « ville en porcelaine » ;  est niché  de au bord de la rivière Ongii  et qui est actuellement à sec. Il y a en fait deux monastères (Barlim sur la rive nord et Khutagst sur la rive sud) , chacun d’un côté de la rivière, mais il n’en reste aujourd’hui que des ruines, détuits dans les années 1930 par les communistes. Ils se seraient établis à l’emplacement d’une ancienne ville de la période Yuan (1270-1368) où vivaient des céramistes.

Une yourte qui est le musée du monastère et contenant les effets personnels du fondateur du monastère mérite d’être visité : De très anciens thangkas et manuscrits s’y trouvent.

Retour au camp en fin d’après-midi.

C’est très déconcertant de rentrer dans la yourte sans frapper, on rentre, on prend place, on nous sert à boire, à manger, tout ça avec beaucoup de gentillesse et de sourires. La tête de mouton a terminé de cuire.  Senghé la désosse avec son long couteau tranchant. Il propose de nous faire goûter un petit morceau de langue. Par respect, je ne le refuse pas mais qu’est-ce qu’il a été difficile à  avaler ce petit bout, non pas qu’il était mauvais non mais moi et les langues de bœuf, mouton ou autre je peux pas !  Ensuite (et c’est le summum qui me donnera un haut le cœur), Senghé  retire un oeil avec son pouce et l’avale Yeukkkkk !!! Il partage aussi tous les morceaux avec la famille qui nous accueille. Pourquoi Senghé et pas un membre de la famille ? Je l’apprendrai bien plus tard, mais c’est une coutume qui veut que c’est toujours le plus ancien présent sur place invité ou non qui fait ce travail de désossage.

En Mongolie, les aliments subissent toujours un processus de transformations, rien n’est mangé cru. La viande est bouillie, cuite à l’étouffée, grillée ou encore séchées. Le laitage séchés ou fermentés. Je comprends mieux maintenant l’aversion des mongols pour les salades de légumes crus.

Nous profitons d’un petit repos et contemplons le paysage qui s’offre à nos yeux devant notre yourte. Nous avons une vue panoramique sur le Gobi Central. Les nuages déposent leurs ombres sur la terre. Les nuances de couleur jouent avec la profondeur de champ qui nous permettent de mieux appréhender la distance jusqu’à l’horizon. Sommes-nous envoutés par la magie de la Nature ?  OUI !

Nous enchaînons avec le traditionnel apéro, devant la yourte, en pleine nature et tous ensembles autour de la table. Senghé invoque les dieux avec un petit verre de Vodka mongole puis nous partageons encore et encore avec la famille, avec un bonheur indescriptible.   La mère, sachant par Jargal qu’elle chante superbement bien, va me donner la chair de poule avec une chanson mongole vite reprise par le reste de la famille, nos chauffeurs et notre cuisinier.

Vidéo chant mongol

Nous en profitons pour leur chanter enfin la chanson que nous apprenons depuis  4 jours et avec Marie-Christine qui mime en arrière-plan.  Le résultat est tordant et la famille rit aux éclats.

Le coucher de soleil est majestueux ! Nous prenons le dîner à l’intérieur de la yourte autour du poêle, nous mangeons un bon plat de mouton (celui qui a cuit lorsque nous sommes arrivés)  accompagné de pommes de terre. Succulent et très copieux.

La soirée est douce et paisible … Notre famille nous chante de très nombreuses chansons courtes : Ces chants allègres et joyeux représentent souvent l’amour du pays, d’une femme ou le galop d’un cheval.

On tente de chanter pour eux (mais franchement on est honteux !), l’Auvergnat de Brassens, Etoile des Neiges … mais c’est ridicule à côté de leurs chansons pleines d’émotion!.

Quel plaisir de découvrir ce mode de vie unique. Une vie parfois rude et rythmée par la traite du troupeau et la cuisine, mais qui somme toute a aussi ses moments de joie et de rires. Un mode de vie qui se transmet depuis des millénaires et qui n’a pas changé depuis l’époque de Genghis Khan. Vivre des produits de son troupeau dans le plus grand respect du milieu naturel et profiter tout simplement avec les siens du temps qui passe. Ce sont des gens ouverts, chaleureux, souriants, accueillants. Ils méritent vraiment d’être rencontrés.

La soirée se terminera tard, très tard !!!

 

Suite du récit : J10/ 19 Juillet 2009 – Karakorum 

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2 réponses à Mongolie – J9 – Route vers l’Arkhangaï

  1. Jennifer dit :

    Ton récit est vraiment super intéressant, je vais définitivement prendre plus de temps pour lire les autres!

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