Ladakh – Sur la route Leh – Lamayuru

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Samedi 8 Septembre 2007

Leh – Phyang – Alchi

Le lever du soleil sur les montagnes est indescriptible, tellement beau, à couper le souffle. N’ayant toujours pas trouvé un sommeil bien réglé étant donné les méfaits de l’altitude, je me fais un plaisir d’admirer le réveil des montagnes à 5 heures du matin.

A 9 heures, nous empruntons la route Leh – Srinagar qui est longue de plus de 450 km pour aller à Phyang à 20 km à l’ouest de Leh.  La route est une succession de baraquements militaires et de paysages incroyables !

Le Monastère de Phyang est perché au fond d’une vallée verte. Fondé au XVIème siècle  par un roi qui avait contracté la lèpre et qui fut guéri par un moine du nom de Khunghe Tagspa.  Après l’avoir rapidement visité nous reprenons la route pour Alchi où nous établirons notre premier camp.

Nous longeons l’Indus pendant une grande partie du voyage, Le voyage est magnifique, même si les cahots sont plutôt nombreux cela reste supportable. La population s’étale dans les villages verdoyants tout au long de la vallée de l’Indus mais, par endroits, le terrain est si inhospitalier que nous ne croisons personne pendant des kilomètres.

Nous nous arrêtons quelques minutes au confluent du Zanskar et de l’Indus, les fleuves sont très chargés en sédiments car l’érosion himalayenne est colossale. 

 

Le paysage est lunaire et au beau milieu de celui-ci apparaît l’oasis d’Alchi (60 km environ de Leh) que nous atteignons en fin de matinée.

Lorsque nous découvrons notre camping, nous sommes abasourdis ! Nous avons chacun une grande tente avec un lit en bois et matelas sans oublier les sanitaires à proximité. C’est un camping de Luxe !!

 

Après avoir déjeuné dans la salle de restaurant du camping, avec le même type de menu qu’à l’hôtel, nous visitons le temple. Ici le bouddhisme étant Hindou et non tibétain le monastère porte donc le nom de temple. On y trouve de très belles fresques d’art indo-cachemiri du XIème et XIIème siècle. Un Mandala en sable est exposé pour les touristes. D’habitude un mandala de ce type est éphémère, une fois terminé il est détruit lors des cérémonies.

Nous terminons la journée dans les rues d’Alchi. Les enfants jouent au cricket, sport très populaire en Inde, une maman et son très jeune enfant nous disent bonjour à la fenêtre, nous croisons une grand-mère et sa petite-fille ramenant l’âne à l’étable. L’architecture des maisons Ladakhis est très belle. Nous pouvons en voir une en cours de construction. Pour la plupart d’entre-elles, les matériaux utilisés sont tout simple : terre, eau, troncs et branches de peuplier. Les murs sont en briques de terre non cuites et séchées au soleil. Quelques fois on y incorpore des pierres pour une meilleure solidité. Les murs extérieurs sont blanchis à la chaux et très souvent ornés de motifs symboliques comme la swastika par exemple. Le toit se  présente tantôt comme un assemblage de branches de peuplier qui, une fois recouvert d’argile, devient imperméable, tantôt comme une terrasse en torchis qui permet de sécher au soleil les réserves hivernales de fruits et de légumes ou le foin pour les bêtes ou les bouses.  Et le toit est bien sûr traditionnellement orné de « drapeaux de prières » qui, vibrant à la moindre brise, diffusent des pensées bénéfiques dans la campagne alentour.

Soudain, dans les dédales des ruelles, je perçois un son mystérieux et enchanteur. Je reconnais de suite le chant mélodieux d’une trompe tibétaine (Dungchen en tibétain). Fascinée par cet instrument, je me mets à sa recherche. Un Ladakhi affairé à rentrer les récoltes de la journée, et m’ayant vu sourire  d’avoir entendu la musique, me fais signe que c’est par là. Je le gratifie d’une multitude de Djulé.

A quelques encablures de maisons plus loin, plus on s’approche, plus le son s’amplifie.  Deux moines perchés à l’étage d’une maison en construction jouent. Leurs trompes sont des tuyaux télescopiques en bois mais elles peuvent être aussi en en cuivre ou en argent. Elles atteignent parfois des longueurs de plus de 4 mètres. Elles émettent 3 sons : grave, médium et aigu. Les trompes se jouent par paire pour assurer la continuité du son, les deux exécutants faisant en sorte de ne pas reprendre leur souffle en même temps. Elles sont jouées le soir pour annoncer l’extinction des feux. Il est vrai qu’en même temps que nous assistons à ce petit concert en plein air, tous les Ladakhis possédant du bétail rentrent leurs animaux, laissés en liberté la journée, au bercail.

Ma journée est agréablement remplie, le son de la trompe tibétaine me remplit de Joie et de Bonheur.

Après le dîner et avant de me coucher, j’admire la nuit étoilée. Des milliards et des milliards d’étoiles avec les constellations en 3D. On distingue très bien la Voie Lactée tout comme on a du mal à trouver la Grande et la Petite Ourse. Rien que de lever la tête en l’air çà donne le tournis :o)

Dimanche 9 Septembre 2007    Alchi – Rizong -Wanla

Nous reprenons la route de Srinagar à 8h30 en direction de Wanla et sur le chemin nous nous arrêtons  à Rizong.

Rizong, qui signifie forteresse de la montagne, est perché dans un site fantastique très éloigné de la route (plus de 5 km) et a été fondée au XIXème siècle. Il y règne une atmosphère d’austérité et de paix particulière. Les rires des moinillons font des échos dans la cuvette. 

 

Le monastère a subi en Juin dernier des pluies abondantes au point que l’un de ses bâtiments s’est effondré. En à peine trois mois, des villageois ont remonté ce bâtiment. Il ne reste plus qu’à faire les finitions. De la terrasse, nous avons une vue sur une ribambelle cimes plus ou moins enneigées sous un ciel bleu parsemé de moutons blancs. Idyllique !!!!

 Je demande à Konchok la traduction de c’est beau, c’est merveilleux en tibétain. Réponse : Ma demo duk !!! et jusqu’à la fin du voyage chacun d’entre nous dira « ma demo duk » devant tout paysage idyllique.

Nous faisons une petite marche sur le chemin du retour jusqu’à la Nonnerie de Chulichan, qui dépend de Rizong.  Sur le sentier, je trouve une très belle pierre blanche en forme de cœur et je la  ramasse pour  garder un souvenir de ce lieu merveilleux et magique où je ressens beaucoup de paix intérieure.

Arrivés devant l’entrée de la nonnerie, une jeune nonne nous dis bonjour avec un joli sourire depuis la fenêtre à l’étage et nous invite à y entrer. Dans la cour intérieure en piteuse état, 2 nonnes âgées s’affairent à dénoyauter les petits abricots fraîchement ramassés le matin même. Tout se garde, les abricots sont mis à sécher au soleil  tout comme les noyaux qui serviront à faire de l’huile.  Le couvent est assez délabré à l’intérieur mais est rempli de fleurs multicolores, de tournesol, de papillons. C’est très bucolique.

Un petit potager jouxte la terrasse où nous faisons la connaissance d’une Suisse Allemande,  Susan, parlant Français (Chiche !) et qui est en retraite ici pour un mois. Cela fait une quinzaine d’années qu’elle vient ici ou dans les autres couvents de la même congrégation.  Elle demande à Zangmo, celle qui nous a dit bonjour à la fenêtre, de nous servir un thé au beurre et nous invite à nous asseoir sous la toile de plastique qui nous protège des rayons ardents du soleil qui tape déjà bien fort ce matin. Elle nous demande d’où l’on vient, où l’on va et nous parle de la beauté des lieux, de la paix intérieure qu’elle y ressent ici. Je lui dis que c’est très rocailleux par ici et qu’idem on ressent une force indescriptible.

Elle nous dit qu’elle collectionne les pierres en forme de cœur. Dans ma tête je me dis : « Hasard ou coïncidence ??? » et je lui réponds : « « C’est drôle, moi aussi je collectionne les cœurs en pierre ».  Susan : « C’est vrai ? ». Je sors de ma poche la pierre blanche trouvée sur le chemin et je la lui montre. « Oh qu’il est beau ! » et instinctivement, je lui dis : « Je vous le donne ! ».  Elle refuse mais devant mon insistance elle l’accepte et me remercie. Elle se lève et me serre dans ses bras. Je suis très heureuse moi aussi de lui faire ce cadeau. Je ne sais comment expliquer mais ce fut  un merveilleux moment de partage intense entre elle et moi. Le simple plaisir de partager et de donner du bonheur aux autres sont des choses toutes simples que je souhaite à quiconque et ce sans forcément recevoir de cadeau en retour.

Zangmo nous sert le thé au beurre, le premier que nous buvons depuis que nous sommes arrivés.  Eh bien, ce n’est pas vraiment mauvais mais çà n’a aucun goût, enfin si le goût du beurre bien rance, et surtout c’est gras ! 

Vous voulez la recette du thé au beurre ?  Accrochez-vous !

Faire bouillir de l’eau,  15 à 20 minutes au minimum à cause de l’altitude !

Verser des feuilles de thé Vert et remettre à bouillir,  donc encore 15 à 20 minutes !

Retirez les feuilles, mettre le beurre de yack et remettre à bouillir, 

Verser un peu de lait et du sel et ….

Remettre à bouillir !

Nous avons l’honneur, avant de repartir, de voir la cuisine du couvent. C’est très petit, mais il y a le minimum vital : un poêle en fonte monté sur un bloc de pierre joliment sculpté, du bois, le gourgou  dans lequel on baratte le beurre, quelques vaisselles et ustensiles de cuisine. Petite précision, on ne lave le gourgou qu’au printemps avec l’arrivée du nouveau beurre, vous comprenez maintenant pourquoi ce n’est pas vraiment bon au goût !

Nous reprenons la route avec un arrêt déjeuner à Khalsi dans un restaurant local et à 15 heures nous arrivons à Wanla pour notre deuxième camp.

Wanla est un petit village niché au bord de la rivière Yapola et d’où surplombe une jolie chaîne montagneuse que nous escaladerons demain matin pour aller à Lamayuru. J’en profite pour faire une petite lessive et pour tremper mes pieds dans la rivière. Mes pieds sont bleus au bout d’une  minute tant l’eau est froide ! Mais comment font ceux qui se lavent entièrement ?!?

Avant le dîner, nous montons à pied au monastère fondé au XIIème siècle et consacré à Avalokitsehvara. Malheureusement celui-ci est fermé. Nous en profitons pour contempler la vue et en redescendant nous visitons le village. Plus loin dans les champs une vieille paysanne coupe les épis d’orge à la faucille pendant que deux autres passent au tamis les grains avant de les mettre en sac.    Nous sommes bien loin des tracteurs et autres outils de nos pays modernes.

 

Ici, vie rime avec simplicité et authenticité. Du visage de ces autochtones marqué par les rigueurs du climat et du temps, se dégage une générosité, une gentillesse et une innocence, que l’on a malheureusement trop oublié chez nous. Bref, le dépaysement est total et même si nos conditions de vie sont spartiates, le spectacle même de cette vie à l’état naturel, suffit à nous faire oublier nos petits tracas.

Lundi 10 Septembre 2007 : Wanla – Lamayuru – Nyé

Réveil à 6h30 avec un thé servi par notre assistant cuisinier dans la tente. 7h petit-déjeuner et 8h départ pour notre grande marche de 4 heures avec ascension d’un col de 3860m le Prinkiti La. Il fait très beau et pas trop chaud.

La montagne est splendide avec ses gorges sculptées et ses falaises colorées. Le départ est facile, nous croisons de nombreux ladakhis du village de Schilla qui descendent à Wanla. A Schilla, une ladakhi traie sa vache pendant que Monsieur fabrique des briques de terre pour agrandir leur maison. Petit à petit la montée se fait plus pentue. Le dénivelé est de 360 m et la distance jusqu’à Lamayuru 11 km. J’ai trouvé mon rythme de croisière et suis quasiment tout le temps devant avec Shiv en point de mire. Le reste du groupe pointe 200 mètres derrière, avec Konchok en soutien, étant obligé de faire régulièrement des pauses. Il faut dire que l’on ressent bien les effets de l’altitude et quelque fois on sent la pression dans la tête. Il faut marcher lentement sinon vous vous mettez à respirer trop vite. Si cela arrive, une pause le temps de permettre au cœur de retrouver un rythme normal et il faut repartir en marchant encore plus lentement qu’auparavant. Jusqu’au col, nous n’avons croisé quasiment juste un couple d’Allemands suivi de la caravane de mulets qui transporte les affaires.

Après 2h45 de montée, le col de Prinkiti La est enfin dompté. 3860 m, MA DEMO DUK !!!! 

 

Une grande première pour moi et très heureuse de l’avoir fait sans aucune difficulté.  J’imite Konchok, mon frère de cordé, en mettant une écharpe sur le monument de pierres orné d’une multitude de drapeaux de prière que le vent soulève avec frénésie. Le reste du groupe avec Shiv (qui a permuté avec Konchok) arrive 20 minutes après.

 

Nous ne manquons pas de prendre une photo souvenir  et nous admirons le paysage qui s’offre à nous, du côté Wanla, c’est que de la rocaille, des cailloux et du côté Lamayuru, on  se croirait sur la lune ! Des couleurs rouges et jaunes se mélangent, on ne sait pas si on est sur la Lune, sur Mars ou sur Terre. Le paysage change constamment au gré de la luminosité du soleil, nous pouvons même apercevoir des « cheminées de fées » c’est une mer de sable pétrifiée, vestiges d’un ancien lac. Cela ressemble à s’y méprendre au Grand Canyon aux Etats-Unis. 

La descente se fait en 1h15 sur un  sentier très facile jusqu’aux portes de Lamayuru (130 km de Leh).

 

Nous montons de suite au Monastère avant que celui-ci ne ferme ses portes le temps du déjeuner entre 13h et 14h.       Le monastère a été fondé à la fin du XIème siècle par Jigten Gonpo. Il comporte 3 temples importants. Dans le Dukang, édifiée autour de la grotte sacrée où séjourna Naropa, c’est la grande salle du culte qui abrite les volumes des livres sacrés, les images des grands Maîtres et le Bouddha Sakyamuni. Dans l’arrière salle se trouve 7 statues parmi lesquelles les déités les plus puissants : Mahakala, Sambhava et Yamantaka. Dans le Lhakang, dédié à Avalokiteshvara, abrite une grande image du Bodhisattva représenté sous sa forme à mille bras et entouré de  8 Bodhisattvas et d’un groupe de chörtens en argent.

Après un pique-nique dans un restaurant en contre bas du monastère, nous amorçons le retour sur Leh afin de rejoindre notre troisième camp à Nyé (50 km de Leh).

Le camp est situé en plein milieu des champs à côté d’une belle maison ladakhi bordée de tournesols construite en pierre, ce qui est plutôt rare ! Nous assistons à la récolte de l’orge dans le champ voisin.  Un membre du groupe se propose même de les aider.

Cela fait rire les paysans tant il y a de la maladresse dans le geste.  Le propriétaire aiguise sa faucille avec une simple pierre ronde et madame pendant ce temps là, avec sa petite hotte sur le dos, ramasse les bouses de vache qui, une fois séchée au soleil, serviront de combustible.

Surprise ! Au camp, nous retrouvons les membres de l’autre groupe qui font le même trajet que nous mais à pied. Ils arrivent tout juste de Basgo que nous visiterons demain matin. Ils ne sont qu’au tiers de leur voyage jusqu’à Lamayuru. Nous partageons nos avis et nos impressions autour d’un thé.

Après le dîner, je m’allonge dans l’herbe pour visionner encore une fois le plus beau film que la nature peut nous offrir la nuit : LA VOIE LACTEE !!!

Mardi 11 Septembre 2007   :  Nyé – Leh

Mon sommeil est maintenant bien réglé. Couchée vers 21 heures, je me réveille à 5 heures en même temps que le lever du jour. Le lever étant normalement à 7 h, la première chose que je fais c’est de m’habiller et de plier mon sac de couchage. Ensuite je sors de ma tente orange et ; pendant que les autres dorment encore ; je me promène pour voir la vie locale s’éveiller tout doucement. Le temps est très nuageux, il doit faire quelque chose comme 10°C et il a même neigé sur les cimes.  Il y a un doux silence à peine perturbé par le bruissement des feuilles des peupliers. Comme j’aime ce moment !           

A 6 heures, le travail des champs reprend déjà, les hommes et les femmes coupent l’orge pendant que les enfants mènent les bêtes aux prés avant d’aller prendre le bus pour aller à l’école.  Nos cuisiniers sont aussi à pied d’œuvre pour préparer le petit-déjeuner sous la tente « Cuisine » et le chauffeur lave sa voiture. Je descends à la rivière faire un brin de toilette. Pfiouuuuu qu’elle est froide l’eau, au moins çà réveille !!!

Après une heure de marche, nous arrivons aux ruines de la Citadelle de Basgo qui surplombe le village du même nom. Cette citadelle a subi durant 3 ans le siège des armées du cinquième Dalaï-Lama.  Comme quoi la non-violence prônée par la religion bouddhiste n’a pas toujours été respectée. Il existe encore deux temples parmi les ruines et sont en cours de restauration.

 

Nous repartons à Leh en voiture. Est-ce un réflexe de nos petites habitudes de confort qui reprend le dessus ? Je ne vous cache pas qu’une fois revenus à l’hôtel, on s’est tous rué à la douche en espérant avoir de l’eau chaude. Eau tiède !!! Nous en profitons au maximum surtout que nous repartons demain à nouveau pour 3 jours de camp dans la vallée de la Nubra.

Toute l’après midi est consacré aux repérages dans les marchés tibétains d’objets à acheter : bijoux, bols chantants, moulins à prière etc. Comme un peu partout, il faut marchander les prix : how much this one ?  Man djulé  !!! (Non merci en Tibétain),  ma demo duk ! ,  I’ll be back  …

 

 La suite du récit :   La vallée de la Nubra

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